Les glaces de l'Antarctique : mémoire de l'évolution de la Terre

La recherche scientifique la plus emblématique en milieu polaire est sans doute celle qui consiste à analyser les glaces accumulées depuis des centaines de milliers d'années pour y déceler des informations concernant l'évolution des climats. La France y a pris très tôt sa place et un grand explorateur Paul Emile Victor a initié une démarche portée ensuite par les scientifiques comme C.Lorius et J.Jouzel. Une premiere collaboration avec les scientifiques Russes sur la base de Vostok a permis l'extraction de glaces à une profondeur de 2000m dans les années 80. La France a ensuite lançé avec dix autres Pays le programme EPICA sur le Dôme C, là où je suis en ce moment. Le carottage qui s'est terminé en janvier dernier est descendu à 3200m, et à cette profondeur la glace date de 800 000 ans. La définition de modèles scientifiques permet avec cette ressource de retrouver l'évolution des climats dans le temps, et ses conséquences. Ces travaux sont d'importance aujourd'hui, eu égard au réchauffement climatique et aux incidences que l'on peut connaître notamment aux travers des catastrophes naturelles. La base Concordia, initiée par l'Institut Polaire Paul Emile Victor, permettant aujourd'hui l'activité scientifique sur l'année, apporte à l'Italie et à la France, ses promoteurs, une situation de tout premier rang au plan mondial. On peut aisément penser que par rapport à l'ensemble des disciplines scientifiques développées sur la base Concordia toute l'année, cette logistique obtiendra rapidement la dimension Européenne.
Bienvenue aux bloggers passionnés par le grand froid !
Station Concordia, 04 décembre 2005.

2 Commentaires :
Bonjour Christian,
Nous suivons avec beaucoup d’intérêt ton périple dans ce désert blanc,
ce patrimoine pratiquement inviolé du bout du monde..
Quelle expérience fantastique…
A bientôt
Ton frère Dominique
Merci pour cet hommage à la glaciologie antarctique et à l'apport de la communauté française.
Un petit correctif concernant Vostok : si le forage des années 80 avait été stoppé à environ 2000 m, ce sont 3623 m de profondeur qui étaient atteints sur ce site à la fin des années 90, en faisant ainsi le forage le plus profond au monde (plus d'information ici : http://www-lgge.obs.ujf-grenoble.fr/presentation/petit-ipev.pdf). Dans un cadre franco/russe, Vostok a fourni de nombreux résultats scientifiques marquants (notamment la corrélation entre climat et gaz à effet de serre, qui figure désormais dans les manuels scolaires). EPICA Dome C est la continuation à l'échelle européenne de cette formidable aventure scientifique.
La France, au travers notamment du LGGE de Grenoble (http://www-lgge.obs.ujf-grenoble.fr/) et du LSCE de Saclay (http://www-lsce.cea.fr/), contribue largement à la moisson scientifique de ce forage. L'existence de la base permanente Concordia va permettre en particulier des études inédites sur ce que l'on appelle "la fonction de transfert", reliant les signaux atmosphériques à reconstruire et les paramètres physico-chimiques mesurés dans les carottes de glace. Les glaciologues y séjourneront donc encore pour de nombreuses années.
En vous souhaitant toujours beaucoup de plaisir dans la découverte de ce monde envoutant, auquel nous succombons encore à chaque expédition. Il est fort agréable, pour nous scientifiques polaires, de voir un homme politique se confronter à ce terrain très inhabituel.
Jérôme Chappellaz
Directeur adjoint
Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement (UMR 5183 CNRS-UJF)
Grenoble, FRANCE
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